TOKYO : L'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a reculé jeudi, les investisseurs se montrant prudents après un fort rebond. Les tensions persistantes au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole ont accentué la prudence sur le marché tokyoïte. Le Nikkei 225 a clôturé en baisse de 0,73 % à 55 895,32 points, tandis que le Topix, plus large, a perdu 0,9 % à 3 741,47 points. Ce repli met fin à quatre séances de hausse et intervient au lendemain d'une forte progression des deux indices, alimentée par l'espoir qu'un cessez-le-feu puisse apaiser les tensions sur les marchés de l'énergie et les routes d'approvisionnement mondiales.

Ce retournement de situation a suivi une forte hausse de 5,4 % du Nikkei mercredi, les marchés ayant profité de l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran et de l'espoir d'une navigation plus fluide dans le détroit d'Ormuz. Jeudi, cet optimisme s'est dissipé, les tensions régionales dominant à nouveau le sentiment des investisseurs. Les prix du pétrole ont progressé, le brut américain gagnant 3,1 % à 97,33 dollars le baril et le Brent 2,1 % à 96,86 dollars, ravivant les inquiétudes concernant l'inflation et le coût des carburants pour les économies dépendantes des importations, comme le Japon.
Le repli à Tokyo s'inscrit dans un climat de prudence généralisée en Asie. L'indice MSCI Asie-Pacifique hors Japon, le plus large de la région, a reculé de 0,7 %, le marché sud-coréen de 0,4 % et les valeurs vedettes chinoises de 0,6 %. À Tokyo, les valeurs de croissance les plus importantes ont mené la baisse, avec notamment Advantest, fabricant d'équipements de test de puces, en recul de 1,59 %, et SoftBank Group, investisseur technologique, en baisse de 3,95 %. Les contrats à terme sur le Nikkei 225 au Chicago Mercantile Exchange ont franchi la barre des 57 000 points dans la nuit, illustrant la rapidité avec laquelle le sentiment du marché s'est inversé après la forte hausse de mercredi.
Le rebond du pétrole ravive la prudence
Le gouverneur de la Banque du Japon , Kazuo Ueda, a complexifié la situation pour les investisseurs en déclarant que les conditions financières du Japon restaient accommodantes et que les taux d'intérêt réels à court et moyen terme étaient clairement négatifs. Ses propos ont maintenu l'attention sur la politique de la banque centrale, à un moment où la hausse des prix de l'énergie alimente de nouvelles craintes d'inflation. Plus tôt cette semaine, la Banque du Japon avait averti que les répercussions du conflit au Moyen-Orient pourraient aggraver la conjoncture économique régionale, la hausse des coûts des importations et les perturbations des chaînes d'approvisionnement pesant sur le moral des entreprises et des consommateurs.
La dépendance du Japon aux importations de carburants a rendu les fluctuations du prix du pétrole particulièrement importantes pour les actions japonaises lors de la récente période de volatilité. Le conflit qui dure depuis six semaines au Moyen-Orient a déjà perturbé le trafic dans le détroit d'Ormuz, voie de passage cruciale pour environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le repli des actions japonaises jeudi a reflété cette sensibilité, les investisseurs évaluant le risque que la hausse des prix de l'énergie n'entraîne une augmentation des coûts pour les industriels, les entreprises de transport et les ménages, même si les conditions financières restent favorables pour le moment.
Les achats étrangers restent le principal soutien du marché.
Malgré le repli observé en journée, les investisseurs étrangers sont revenus en force sur le marché actions japonais. Les données publiées jeudi indiquent que les investisseurs étrangers ont acheté pour 2 960 milliards de yens (environ 18,65 milliards de dollars) d'actions japonaises au cours de la semaine se terminant le 4 avril, mettant ainsi fin à trois semaines consécutives de ventes nettes. L'ampleur de ces achats suggère que l'appétit international pour les actifs japonais est resté intact, même si les échanges quotidiens se sont intensifiés. La prochaine réunion de politique monétaire de la Banque du Japon, prévue les 27 et 28 avril, devrait demeurer un point d'intérêt majeur pour les opérateurs évoluant dans ce contexte.
La séance de jeudi a vu les actions japonaises reculer, mais rester nettement au-dessus des niveaux atteints au plus fort de la récente chute des cours liée à l'énergie, soulignant ainsi la forte sensibilité des marchés boursiers japonais aux événements internationaux. Le repli du Nikkei a également montré qu'après un rebond rapide, les investisseurs hésitaient à prolonger la hausse en l'absence de signes plus tangibles d'apaisement des tensions géopolitiques et de stabilisation des marchés pétroliers. Pour l'instant, l'orientation du marché demeure autant tributaire de ces pressions extérieures que des signaux monétaires nationaux .
L’article « Le Nikkei chute alors que la prudence revient sur les marchés boursiers de Tokyo » est initialement paru sur Khaleej Beacon .
